Action connaissance formation pour la surdité

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Annette Karmiloff-Smith et Kyra Karmiloff

Editions Retz, 24€

Ce livre, cité dans de nombreux articles, fait référence actuellement. Il est en effet très complet et fait le tour des différentes théories connues pour expliquer comment les enfants construisent leur langage. Les chapitres sur l’acquisition du vocabulaire et de la syntaxe sont très intéressants.

Toutefois, les huit pages consacrées à l’apprentissage du langage chez l’enfant sourd, et par lesquelles j’ai commencé, ont failli me faire reposer le livre sans continuer plus loin tant j’ai trouvé certains propos discutables et surtout “très simplistes”.
Il est étonnant que dans un ouvrage spécialisé et apparemment rigoureux et documenté, les auteures se contentent d’évoquer comme seule langue possible pour la personne sourde la langue des signes ! Nous comprenons très vite que les auteures défendent la LSF comme langue à part entière et de cela, nous ne leur en tenons aucune rigueur, bien au contraire. Mais nous sommes étonnés qu’elles pensent que “l’enfant sourd acquiert sa langue des signes maternelle aussi naturellement que n’importe quel autre enfant apprenant sa langue maternelle parlée”. Les auteures affirment en effet qu’il suffit de laisser l’enfant sourd rencontrer des “signeurs natifs en dehors de leur famille entendante, pour acquérir une langue à part entière”.
Elles paraissent négliger le rôle essentiel des parents et de la relation affective indispensable à tout accès à une langue, quelle qu’elle soit. Tout comme elles ne semblent pas tenir compte du fait que des parents sourds, même quand ils connaissent les signes, ne se sentent pas toujours autorisés à les transmettre à leur enfant, et que certains enfants – entendants ou sourds – de parents sourds sont en difficulté pour acquérir la langue signée ou /et l’oral.
Les auteures paraissent également ne pas connaître les possibilités d’aides auditives qui peuvent permettre aux enfants de ne pas être condamnés à la seule lecture labiale pour percevoir le message oral. Elles oublient également que certaines familles, de par leurs ressources personnelles mais aussi grâce au développement de l’éducation précoce, ne vont pas proposer un modèle oral figé et non expressif : “Les recherches consacrées aux parents entendants qui n’ont pas appris à signer montrent qu’au départ, ils utilisent très peu de gestes pour communiquer avec leur nouveau né” !
Bien sûr, elles n’ont pas tort d’écrire que “l’acquisition du langage peut être entravée faute d’apport linguistique suffisant” mais je leur répondrai que le sérieux d’une recherche et d’un livre peut être menacé faute d’apport scientifique suffisant, ce qui est d’autant plus regrettable dans un ouvrage par ailleurs très dense. Cet ouvrage est à lire, certes, mais ne commencez peut-être pas comme moi par les pages consacrées à la surdité…

Brigitte Gévaudan, Orthophoniste