Action connaissance formation pour la surdité

Extrait de “Savoir dire : un savoir faire. Manuel de guidance parentale pour parents d’enfants sourds de 0 à 5 ans”
de A. Juarez et M. Montfort.
Entha Ediciones, 2003, p. 57 à 60.
Diffusion française : Ortho Editions
76-78 Rue Jean-Jaurès
62330 ISBERGUES
Tél:03.21.61.94.94 / Fax:03.21.61.94.95

Quand les parents d’un enfant sourd abordent pour la première fois le monde de l’éducation de ces enfants, ils peuvent peut-être en rester surpris: depuis plus de deux siècles, ce monde est constamment agité par des controverses et des querelles d’école qui ne vont pas contribuer à les rassurer.
Les professionnels sont en général toujours désireux d’améliorer leur façon de faire mais malheureusement ils font participer les parents parfois à des débats pour lesquels ceux-ci ne sont pas préparés: l’obligation où ils se voient alors de prendre parti ne fait qu’augmenter leur incertitude. Nous aimerions cependant vous envoyer ici quelques messages clairs pour apaiser un peu vos inquiétudes.

Premier message

Sauf certains illuminés et charlatans (qui apparaissent toujours là où surgit la douleur) la plupart des professionnels de l’éducation des enfants sourds sont en quête des mêmes objectifs et les poursuivent de bonne foi : ils recherchent la réalisation personnelle des enfants qui leur sont confiés par leurs familles.

Même la véhémence (parfois exagérée) avec laquelle ils défendent leur point de vue n’est que le reflet d’un investissement personnel très élevé, sans lequel il serait difficile de réaliser leur travail.
Malheureusement, les prises de positions idéologiques, basées sur la foi dans une méthode et les préjugés contre les autres occupent souvent la place d’arguments fondés sur l’expérience et les données empiriques.

Deuxième message

Il n’y pas de panacée universelle: des orientations éducatives, apparemment opposées, ont obtenu d’excellents résultats, ici et ailleurs, il y a cinquante ans et aujourd’hui.
Mais, indépendamment des méthodes appliquées, ces orientations efficaces et cohérentes ont toutes certains points communs :
– elles sont intensives: surtout pendant la première enfance, le mot clé est le mot temps: le temps que l’on dédie à l’enfant, de la part des professionnels comme de la part des parents.
– elles sont globales: elles s’occupent de l’ensemble de la formation de l’enfant, sans se limiter à son handicap ou à un aspect particulier de son développement.

Troisième message

II est vrai que la surdité suppose certains changements importants dans le mode de vie de l’enfant et de sa famille; il est vrai qu’il sera nécessaire d’introduire des modifications dans certains apprentissages fondamentaux qu’il n’est pas nécessaire de prévoir pour un enfant entendant, il est vrai qu’il faudra prendre des mesures pour éliminer et réduire les barrières de communication qui existent pour une personne que n’entend pas.
Il n’en reste pas moins que tout cela ne doit pas mettre en jeu sa vie d’enfant, son bonheur, la construction d’une personnalité équilibrée.
Il n’est pas acceptable (en plus ce n’est même pas nécessaire) de lier l’obtention d’un objectif partiel (l’entraînement auditif, l’éducation de la parole, par exemple) à l’application de programmes rigides, autoritaires, coercitifs, qui nient à l’enfant son droit à une communication faite de plaisir et à sa place dans la sphère familiale.
Les professionnels de l’éducation des enfants sourds vont sans doute vous demander un effort supplémentaire pendant tout le temps que durera cette éducation mais, si tout se fait comme il se doit, cet effort peut s’inscrire à l’intérieur d’une relation affective normale, identique à celle qui s’établit avec un enfant entendant.
Cet effort sera, n’en doutez pas, récompensé par de grandes satisfactions. Il y a un long voyage à faire, certaines étapes seront plus difficiles mais il n’y a pas de raison pour que cela soit un voyage triste.
C’est un voyage, en tous cas, au cours duquel l’enfant ne peut rester seul, en comptant seulement sur des professionnels qui, même s’ils l’aiment beaucoup, ne sont pas ses parents ni doivent prendre leur place.

Quatrième message

L’enfant sourd est à la fois un enfant comme les autres et un enfant différent.
Selon le thème dont nous parlerons ou le point de vue de chacun, nous insisterons parfois sur la différence et parfois sur la similitude.
Les personnes sourdes forment une communauté minoritaire au sein de la société des gens qui entendent et qui parlent: au sein de cette communauté, elles créent un système de relations internes et de valeurs qui forment leur propre identité.
Mais en même temps, elles font partie de l’ensemble de la société et participent des valeurs qui la caractérisent et de la culture générale.
Cette dualité forme une espèce de métissage culturel et affectif qui a été trop longtemps ignoré par récole et est parfois oublié aussi par la revendication légitime de la “culture des personnes sourdes”.
Nous sommes persuadés qu’un tel métissage peut être la source d’un très grand enrichissement personnel à partir du moment où l’on comprend que cela ne suppose renoncer à rien.

Encore quelques conseils avant de commencer?

Lisez, parlez avec d’autres parents, prenez contact avec les associations de parents d’enfants sourds, cherchez à vous informer et à former votre propre vision de la situation.
Cherchez une équipe de professionnels en qui vous ayez confiance et une orientation éducative où vous vous sentez à l’aise : la confiance envers des personnes et envers une façon de travailler est une partie importante du succès.
N’oubliez pas que même si, par rapport à ces professionnels vos connaissances sont encore limitées, vous êtes les parents de votre enfant : personne ne va les aimer plus que vous et personne ne doit assumer votre responsabilité.

Un dernier mot : au cours des années, il est probable qu’apparaîtront de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes : quelques-unes seront réellement innovatrices, d’autres ne seront que de nouveaux emballages de vieilles illusions.
Soyez attentifs et restez informés mais armez-vous bien de la défense du bon sens : ni scepticisme découragé ni enthousiasme hâtif.

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