Action connaissance formation pour la surdité

Pourquoi avez-vous choisi l’exercice libéral ?

Après mes études d’orthophonie à Toulouse, j’ai rapidement choisi de m’intéresser à la surdité.
Après une courte expérience d’exercice salarié j’ai choisi de m’installer en libéral. J’ai exercé comme salariée à mi-temps dans un institut médico-éducatif à Lyon, pendant que je me formais pendant l’autre mi-temps à la méthode verbo-tonale.
Ensuite, j’ai commencé à travailler en libéral à Marseille à mi-temps, le matin j’étais vacataire, payée par la Préfecture des Bouches du Rhône, pour travailler avec des enfants intégrés en maternelle et primaire.

Dans l’exercice salarié, l’orthophoniste travaille obligatoirement sous la responsabilité du médecin. Elle n’a pas la pleine liberté de son travail et elle ne décide pas seule de la manière dont elle va travailler avec un enfant et sa famille.
J’aime pouvoir m’adapter aux besoins de l’enfant qui varie en fonction de l’âge, de circonstances diverses. On ne peut pas avoir cette souplesse dans une structure qui doit tenir compte de quantité de contraintes de budget, de temps, d’organisation.

C’est aussi une grande responsabilité

C’est certain, il faut se sentir capable de suivre un enfant pendant 15 ou 20 ans parfois selon son degré de surdité, avoir envie de s’impliquer dans le suivi de son appareillage, de son intégration scolaire et de son développement sur un plan général.
Et il faut aussi être très honnête avec les parents d’un enfant sourd qui font appel à vous.

Quand les parents viennent pour le premier entretien, je leur propose ce que je sais faire, c’est-à-dire le développement du langage oral (la langue, la voix, l’articulation). Je leur dis ce qui existe à Poitiers comme autres prises en charge qui développent différents projets : IRJS, 2LPE, service ORL du CHU, et je leur demande de se renseigner sur place.
J’insiste sur le fait que la prise en charge que je leur propose sera très lourde pour eux : accompagner l’enfant, assister à la séance s’ils le souhaitent, reprendre à la maison ce qui a été vu, s’occuper des problèmes administratifs (prises en charge des séances, des transports…). Dans des structures comme l’IRJS, l’enfant est pris en taxi le matin chez lui et ramené le soir.

Et les parents suivent ?

Oui, mais cependant le changement est important par rapport à mes débuts. Il faut en tenir compte.
D’abord les parents sont moins disponibles car il y a de moins en moins de mères qui ne travaillent pas. Et surtout il y a un changement de “valeurs”.
Avant, ce qui était le plus important c’était l’orthophonie, car le développement du langage oral était perçu comme un facteur de réussite à l’école, “mieux il parlera et mieux il sera à l’école“. Mes premières élèves qui sont aujourd’hui en faculté, n’ont pas en 18 ans raté une séance d’orthophonie ! Maintenant, ce qui prime, c’est la vie sociale, l’école, la leçon d’équitation…l’orthophonie passe après.

Il est vrai que maintenant, même avec des parents très motivés, je ne suis pas sure que ce qui est vu en séance soit repris à la maison . Les enfants ont des classeurs énormes -avec les images, les jeux que nous avons faits – mais je ne sais pas si le classeur est ouvert pendant la semaine.
Les enfants eux n’ont pas changé. Je ne trouve pas chez eux l’évolution qu’on peut constater chez des enfants entendants. Ils ne sont pas agressifs, toujours avides d’apprendre, très courageux.

Combien suivez vous de patients ?

Je suis à Poitiers depuis 1982. Si je ne m’occupe plus aujourd’hui que d’enfants et d’adultes sourds, ceci ne s’est pas fait en un jour. Mes premiers patients sont arrivés parce qu’il y avait soit un problème d’appareillage, soit des difficultés scolaires.
A l’époque il n’y avait pas sur Poitiers d’audioprothésiste compétent pour l’appareillage des enfants. Je les envoyais à Bordeaux chez Madame le Docteur Portmann. Et généralement il fallait changer l’appareil (qui venait d’être pris en charge par la Sécurité sociale !).

La situation a heureusement changé. J’ai une collaboration à 200 % depuis des années avec un audioprothésiste de Poitiers. C’est à dire que je suis l’appareillage, que j’évalue la réhabilitation, pour 3 dB je fais affiner un réglage.
Avec les petits, j’ai mis en images les mots utilisés pour les audiométries vocales et ils apprennent à les pointer du doigt. L’audioprothésiste peut ainsi les tester vers 3 ans pour voir ce qui passe et affiner les réglages. Ce n’est pas du travail à la chaîne.

Je suis une dizaine d’enfants atteints de surdité profonde ou sévère. J’adresse à une collègue les enfants sourds moyens. Les plus jeunes m’arrivent vers 2 ans.
Jusqu’à 2002, chaque enfant avait 4 séances de 45 minutes par semaine, dont une le samedi où je recevais les papas. Depuis 2002, j’ai du baisser le rythme, et je ne vois plus les enfants que 3 fois par semaine. Cela oblige à aller un peu trop vite. La bonne cadence reste de 4 séances de 45 minutes hebdomadaires.
Je n’ai pas pour le moment d’enfants implantés, seulement des adultes.

Comment se passe l’intégration scolaire ?

Tous les enfants que je suis sont intégrés. Les parents signent une convention d’intégration avec l’école. Je suis invitée aux réunions de CCPE. Là aussi je note des changements. A mes débuts, un enseignant était fier de réussir avec un enfant sourd. Maintenant il faut que ça marche, sinon on conseille rapidement le milieu spécialisé.
Certains parents font une demande à l’inspecteur d’académie pour avoir un AVS codant en LPC. En lien avec l’URAPEDA qui fournit l’interface de communication, ils obtiennent satisfaction. Tous les enfants sont équipés du Micro Link de Phonak, qui améliore l’intelligibilité de manière très importante.

En principe je ne m’occupe pas de la lecture, sauf si le maître le demande. Les enfants la démarrent à l’école. Cependant quand je vais à la réunion de juin pour envisager une entrée en CP, je suggère à la maîtresse de ne pas trop s’attarder sur le global et de passer vite à l’analytique.
Je remarque que les institutrices sont très en demande de conseils, pour l’enfant sourd et pour les autres ! Elles passent me voir au cabinet entre les réunions de CCPE.

Quelles méthodes utilisez-vous ?

Je reste très fidèle à la méthode verbo-tonale que j’avais découverte à Zagreb à la fin de mes études d’orthophonie. Je me suis ensuite formée pendant deux ans à Lyon. J’ai été convaincue par cette approche globale de l’enfant.
En revanche je n’utilise plus l’appareil Suvag, car aujourd’hui l’apport qualitatif des prothèses numériques et le Micro-Link permettent de libérer l’enfant du port du casque pendant la rééducation. J’utilise toujours la méthode “Bonjour Line” élaborée pour l’acquisition du Français, langue étrangère. Adaptée à l’enfant sourd par moi-même, elle permet de passer en revue toutes les difficultés de la langue française, à une cadence plus lente qu’on ne le ferait avec des entendants.
Certains parents ont appris le LPC à l’URAPEDA et le pratiquent avec leur enfant en famille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *