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LE FCSC (français complet
signé codé)
Extrait de l'article de Brigitte Charlier et Catherine
Hage, paru dans la revue "Connaissances Surdités"
n°3.
Créé à l’initiative de parents soucieux de jouer pleinement
leur rôle de parents d’enfants sourds, le centre Comprendre
et Parler de Bruxelles a toujours voulu donner une place prépondérante
à la famille comme partenaire privilégié du développement
affectif et linguistique, comme espace d’épanouissement et
de développement de compétences.
Les limites de l’oralisme
En 1980, l’équipe du centre avait constaté les limites et
les avantages consécutifs à 20 ans de pratique oraliste jointe
à une pratique intensive de la méthode verbo-tonale. De nombreux
jeunes sourds, au terme de leur scolarité, présentaient des
difficultés inadmissibles compte tenu de l’ampleur des efforts
réalisés par tous les partenaires impliqués : enfants, parents,
professionnels. Les avantages de la méthode verbo-tonale (qualité
de parole et de voix) paraissaient dérisoires voire futiles
à côté des carences présentées par les jeunes sourds (isolement,
troubles du comportement, illettrisme, difficultés de mémorisation
et de conceptualisation…)
Le LPC
Le LPC, qui commençait à cette époque sa percée en France
semblait pouvoir offrir une réponse valable à un certain nombre
de problèmes et questions rencontrés : langue des parents
entendants rendue visuellement accessible, importance donnée
aux échanges naturels, développement des habiletés en lecture,
connaissance approfondie du Français… Le LPC fut donc adopté
comme outil d’acquisition de la langue parlée, langue majoritaire
de la famille de l’enfant sourd ; il fut, à ce titre, fortement
préconisé auprès des parents. Cependant la question de l’accès
précoce à un système d’expression efficace et plaisant pour
l’enfant ne s’en trouvait pas pour autant résolue. Le LPC
ne permet pas, en effet, de garantir un accès précoce à l’expression
de la langue parlée (par exemple entre 1 et 3 ans), rien ni
personne ne pouvant, à priori, déterminer sans risque de se
tromper, que l’enfant, même équipé d’un implant cochléaire,
sera intelligible...un jour. Le LPC n’apporte donc pas forcément
à l’enfant sourd un moyen d’expression adéquat, précoce et
immédiat, avec pour conséquence possible un décalage ou un
retard d’expression dans le cas où l’enfant n’est pas ou peu
intelligible (Nash, 1973 ; Mohay, 1983, Ryalls, Auger & Hage,
1994). C’est la raison pour laquelle l’équipe du centre s’est
tournée aussi vers le vocabulaire signé puisé dans la langue
des signes.
Le Signe
Contrairement à l’opinion généralement répandue (Bates et
al, 1983 ; Schwam, 1980), plusieurs études relèvent que, à
part de rares cas d’isomorphisme visuel entre le signe et
l’objet qu’il représente, le signe n’offre à l’enfant aucune
voie d’accès direct ou indirect à la prise de sens (Meier,
1981, 1987). L’idée que le signe est facile à comprendre parce
qu’il serait iconique (sens « transparent ») est naïve et
non vérifiée.
Bien au contraire, l’analyse étymologique des langues des
signes montre, universellement, une tendance à évoluer au
fil des générations vers une opacité (sens caché) de plus
en plus importante de la signification au profit de la formalisation
(paramètres de formation des signes). Par contre, étant très
tôt imitable ou reproductible par l’enfant, dès l’âge de 8-9
mois, le signe intéresse l’enfant (ex : « au revoir ») qui
l’isole et le capte aisément dans une forme globale. Une explication
possible de cet état de fait consisterait à dire que le vocabulaire
signé (contrairement à la forme parlée) est plus facile à
isoler ou à percevoir, notamment en tant que forme motrice
imitable et utilisable par l’enfant.
Cette caractéristique fait de chaque item signé un élément
de la plus haute importance. En effet, une fois qu’il a, d’un
point de vue cognitif, établi le lien entre le signifiant
(le signe) et le signifié (l’objet ou l’action qu’il représente),
l’enfant peut exprimer manuellement/visuellement les concepts
et s’insérer ainsi dans la conversation en tant qu’acteur
de communication. Cette étape est fondamentale car l’enfant
qui s’exprime (dans ce cas-ci au moyen de signes) permet aux
parents de s’ajuster et d’offrir un message linguistique optimal
tant en contenu qu’en degré de difficulté dans la zone de
développement proximal propre à l’enfant (cf. Vigotsky). Bien
sûr cela ne suffit pas, notamment lorsque des objectifs ambitieux
sont poursuivis tels que l’acquisition de la lecture et de
la forme écrite d’une langue parlée ou le développement de
l’autonomie de communication dans une société majoritairement
entendante.
Face à ces constatations de base, quelques postulats ont servi
de catalyseur de changement pour l’équipe de Comprendre et
Parler. Une démarche tout à fait particulière a en effet été
adoptée à Bruxelles, sur base des 5 convictions suivantes:
1. L’enfant sourd a le même potentiel linguistique
que n’importe quel autre enfant. Dans cette perspective, il
est de la responsabilité de chacun de tout mettre tout en
oeuvre pour prévenir les déficits ou retards linguistiques
consécutifs à la surdité.
2. L’enfant sourd doit impérativement être exposé à
une langue complètement accessible c’est à dire présentée
visuellement et sous une forme complète.
3. Une langue n’est pas seulement un système de communication
; c’est aussi un système linguistique complexe et formalisé
entre humains qui obéit à un certain nombre de règles strictes
qui doivent être respectées.
4. Une première langue s’acquiert dans le cadre d’interactions
; il est donc indispensable de maintenir le cadre naturel
des interactions avec le jeune enfant.
5. La première langue doit toujours être la langue
de la famille. Ce postulat est d’application, que les membres
de la famille soient sourds ou entendants. Dans le cas de
parents sourds pratiquant la LS, il leur est conseillé de
l’utiliser avec l’enfant. Le LPC est introduit par l’équipe
de professionnels. L’expérience montre que les enfants parviennent
ainsi à un bilinguisme satisfaisant.
Le FCSC
Depuis 20 ans, dans le respect de ces 5 postulats, l’équipe
du centre Comprendre et Parler utilise et préconise auprès
des parents entendants un système appelé FCSC (Français Complet
Signé et Codé) que l’on pourrait qualifier de « système visuel
dynamique d’aide à l’acquisition d’une première langue parlée
». Le FCSC consiste à utiliser le LPC dans toutes les interactions
avec l’enfant, tout en le ponctuant de signes empruntés au
lexique de la langue des signes selon un processus adaptatif
simple et rigoureux (voir encadré). FCSC et Français Signé
Le FCSC n’a rien de comparable avec le Français Signé (souple
ou strict) qui consiste, pour le locuteur, à prononcer des
phrases en Français tout en s’accompagnant manuellement de
signes et/ou de dactylologie.
On cerne maintenant bien les limites et inconvénients du Français
Signé qui n’offre en aucun cas à l’enfant une présentation
visuelle complète du français. L’enfant dispose, sous forme
visuelle, d’un pidgin qui ne respecte pas les règles grammaticales
de la langue de référence (ex : « nous dormons » est perçu
visuellement sous forme de deux concepts : nous et dormir).
L’enfant ne dispose donc d’aucune information concernant la
forme phonologique (le mot « dormir » est constitué des syllabes
DOR et MIR) ou la morphosyntaxe du français (la syllabe MON
indique que c’est moi et les autres qui sont impliqués dans
l’action de DOR/MIR). Tout au plus peut on dire qu’en Français
Signé l’ordre du français est potentiellemt respecté, pour
autant que le locuteur utilise le français signé dans sa forme
stricte, ce qui se révèle épuisant... et rarement respecté.
FCSC et LPC
Dans le FCSC, tout au contraire, l’objectif est de passer
le plus rapidement possible au LPC seul, garant d’un accès
visuel à tous les composants du français, d’ordre phonologique
et morphosyntaxique. On donne à l’enfant, dès la première
phrase qui lui est adressée, tous les indices nécessaires
à la construction de sa première langue, tout en se permettant
une étape intermédiaire qui sera fonction de l’intelligibilité
de sa parole. L’apprentissage du FCSC doit donc impérativement
débuter par l’acquisition des clés du LPC. Une fois cette
étape franchie, le locuteur, parent ou professionnel, insèrera
des signes dans ses phrases codées.
De nombreuses familles se sont déclarées satisfaites de cette
forme d’inclusion progressive des signes dans leurs messages,
particulièrement compatible avec le stress et les premiers
découragements qui entourent la période de découverte du handicap
et le début de la prise en charge (ré)éducative.
Lorsque le FCSC est utilisé intensivement, il permet à l’enfant
de passer d’une attention visuelle large stimulée par l’emploi
de signes à une attention restreinte aux lèvres qui prononcent.
L’utilisation du LPC pour les mots fréquemment répétés tels
que les articles ou les prénoms des enfants permettent à ceux-ci
de s’imprégner progressivement des clés.
Au départ, ils peuvent être plus attentifs aux mains qu’à
la bouche et montrer une assimilation des clés du LPC à des
signes sans rapport avec l’image labiale. A ce stade néanmoins,
l’attention de l’enfant qui se porte sur le parent qui communique
constitue un encouragement positif non négligeable pour l’adulte.
Peu à peu, l’enfant découvre les correspondances main-bouche
attachées au LPC et apprend à observer les lèvres. Il peut
constater, parfois très précocement l’équivalence sémantique
entre mot codé et mot signé, l’image labiale restant identique.
Il manifeste alors explicitement la connaissance de cette
double correspondance, par exemple en confirmant par un signe
la compréhension d’un mot codé ou inversement.
Tout en maintenant toujours une image visuelle complète de
la langue, le FCSC permet de doser le degré de difficulté
selon les aptitudes personnelles de l’enfant liées à l’âge,
l’importance de la perte auditive, la compétence linguistique
ou expressive, etc. Le FCSC a maintenant largement fait ses
preuves.
Dès que l’enfant a atteint une intelligibilité suffisante
pour s’insérer dans des conversations avec son entourage parlant
le français, le FCSC fait place au seul LPC et à ses nombreux
avantages maintenant bien étayés par des recherches scientifiques.
On constate, sans exception aucune, que dès que l’enfant peut
exprimer un mot de manière intelligible, il abandonne spontanément
la forme signée de ce mot en expression. L’objectif d’aboutir
à une expression sans limite de l’enfant est donc atteint,
d’abord en lui garantissant une expression signée, ensuite
en lui permettant de développer une parole la plus intelligible
possible, mais à son rythme et selon ses compétences
Les études de plus en plus nombreuses et publiées dans un
cadre scientifique montrent que les enfants exposés au FCSC
développent des compétences élevées en compréhension (Périer,
Charlier, Hage & Alegria, 1990), en lecture (Leybaert et Lechat,
1998), en morphosyntaxe (Hage, 1995) et que les représentations
des mots dans la tête des enfants sont complètes et isomorphes
à celles des enfants entendants du même âge (Charlier et Leybaert,
2000). On constate aussi un impact non négligeable du système
sur le développement des compétences cognitives telles que
la mémorisation. Ainsi, des enfants exposés au FCSC développent-ils
spontanément des mécanismes efficaces de mémorisation qui
impliquent des représentations phonologiques de la langue
française (Charlier, 1994). Ainsi se voit donc contournée
voire résolue la problématique question de la mémoire verbale
des enfants sourds, souvent décrite comme drastiquement déficitaire.
Oser passer au LPC
En conclusion, le FCSC est un outil puissant, qui a démontré
ses effets sur le plan clinique et qui, fait important à nos
yeux, répond aux besoins tant des enfants que des familles
des enfants sourds. Ce n’est pas un outil de remédiation,
c’est un outil catalyseur d’un développement naturel des compétences
linguistiques des enfants sourds, dans le plaisir et la spontanéité.
Un des écueils le plus courant du FCSC réside dans le fait
que le locuteur ne « passe » pas au LPC. Et pour adopter le
FCSC, il convient donc de ne pas oublier de s’attarder encore
à une démarche : celle d’oser passer au LPC. Nombreux sont
encore les utilisateurs du FCSC qui craignant de laisser l’enfant
sans compréhension, voulant à tout prix offrir à l’enfant
l’accès au sens du message, lui refusent l’étape de le laisser
découvrir les clés du LPC. Ces personnes « s’attardent longuement
à l’étape du signe ». Un minimum d’introspection est alors
nécessaire pour pouvoir observer délibérément que l’utilisation
excessive des signes est, dans ce cas, le reflet d’un manque
de confiance que l’on ressent dans les capacités de l’enfant
sourd.
REFERENCES
Centre Comprendre et Parler
1200-Bruxelles, Université Libre de Bruxelles
1050-Bruxelles - Belgique
Courriel : centrecp@tiscalinet.be
ou brcharli@ulb.ac.be
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