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Interview de Clotilde Faure,
orthophoniste salariée en SESSAD
C'est au cours de ses études d'orthophonie à Paris, dans
les années 1970, qu'elle a découvert la surdité en effectuant
des stages dans des classes annexées d'enfants sourds. Sauf
des interruptions de quelques années pour raisons familiales,
sa carrière s'est déroulée entièrement dans le champ de la
surdité. Depuis 1989, elle travaille à plein temps au SESSAD
de Pau.
Vous n'avez jamais travaillé en libéral ?
Non, j'ai choisi délibérément l'exercice salarié à plein
temps car j'ai besoin de travailler en équipe. Je m'intéresse
à l'enfant sourd dans sa globalité. J'aime échanger à propos
d'un enfant avec sa famille, avec le psychologue, les enseignants,
l'adulte sourd.
En quoi consiste votre travail au Sessad ?
C'est une petite structure qui reçoit 34 enfants atteints
de surdité sévère et profonde. Je suis moi-même 12 de ces
enfants : 3 avec une surdité sévère, 8 avec une surdité profonde
- mais 4 d'entre eux ont un implant cochléaire - et un enfant
avec surdité moyenne et troubles associés.
Mon plus jeune patient a huit mois, mais le gros de la troupe
est constitué par 7 petits de 3 à 5 ans que je vois 4 fois
par semaine au Sessad. Je vais parfois à domicile pour voir
la famille élargie, ou à la crèche ou à l'école maternelle,
mais en règle générale c'est l'enfant qui vient au Sessad
accompagné d'un membre de la famille. Je dis " un membre de
la famille " car alors qu'il y a vingt ans, les mères arrêtaient
souvent de travailler, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il
faut jongler avec les horaires. L'enfant est parfois accompagné
par le père s'il est plus disponible, souvent par la grand
mère, par une tante ou un oncle. Cet élargissement du cercle
familial autour de l'enfant a aussi ses avantages. J'invite
volontiers les parents à assister à la séance. Ils comprennent
mieux ce qu'ils peuvent demander à l'enfant. A côté de ces
séances individuelles, j'organise trois groupes de langage
par semaine avec 3 ou 4 enfants.
Je suis aussi 3 " grands " en fin de primaire et collège.
Je me rends dans leur école 2 ou 3 fois par semaine. Les collégiens
sont toujours volontaires pour ces séances placées entre 12
et 14 h, pour ne pas rater de cours. Les professeurs sont
toujours émerveillés de la disponibilité et de l'assiduité
des jeunes sourds.
Le travail d'orthophonie a-t-il changé par rapport à vos
débuts ?
Comme j'ai beaucoup de petits, le travail est toujours très
physique ! Mais ce qui a changé pour les surdités profondes,
c'est que l'implant a pratiquement supprimé le travail sur
l'articulation et la voix. Les sourds sévères bénéficiant
aussi de prothèses plus efficaces, les rééducation sont basées
de plus en plus sur les restes auditifs. Pour moi qui ai un
certain recul, je suis émerveillée par ce qu'apportent les
implants et les prothèses numériques au niveau de la compréhension
et de l'articulation.
Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a plus rien à faire ! C'est
un peu le problème des parents. Les débuts sont tellement
facilités qu'il leur faut un certain temps pour se rendre
compte de l'ampleur du travail qu'il faut mener si l'on veut
que les bases de la langue soient solides.
Et les parents ont donc changé ?
Enormément. Je constate que les parents sont beaucoup plus
sereins que dans le passé, comme si la médiatisation de la
surdité avait contribué à la dédramatiser. Les parents dépassent
beaucoup plus vite la période de choc.
Ils nous arrivent rapidement après le diagnostic. Ils nous
disent que les médecins leur ont donné des explications, mais
nous demandent de recommencer, car ils n'ont pas tout " entendu
". Ils se sentent plus à l'aise avec un paramédical pour poser
des questions. Je dispose de temps d'information pour les
familles et je fais en sorte que très rapidement ils rencontrent
d'autres familles. Notre petite salle d'attente est souvent
le premier lieu d'échange.
Nous préférons que l'hôpital nous envoie les enfants le plus
rapidement possible afin d'accompagner la famille pour le
premier appareillage. L'adaptation se fait dans de meilleures
conditions lorsque nous travaillons avec la famille et l'audioprothésiste.
Quels conseils donnez-vous aux jeunes parents ?
La première chose qu'ils nous demandent c'est : "qu'est-ce
qu'on peut faire? ". Je leur propose tout de suite des
choses très concrètes : allez acheter un agenda, prenez des
photos des personnes et des lieux que votre enfant est appelé
à voir et annoncez-lui à l'avance ce qui va se passer. Puis,
vous allez rencontrer Olivier, le professeur de Langue des
signes. Il va vous apprendre quelques signes qui vous aideront
à communiquer tout de suite avec votre enfant.
Certains parents ne sont-ils pas réticents à utiliser
la langue des signes ?
Non, il n'y a aucune réticence. Là aussi le sujet est largement
dédramatisé. Les enfants, quand ils grandissent, aiment beaucoup
continuer à voir l'enseignant sourd et discuter avec lui de
sujets d'information et de culture générale.
La LPC est-elle pratiquée ?
Uniquement en situation de rééducation et en groupes de langage.
Quelques parents souhaitent se perfectionner, mais nous n'avons
pas sur Pau de correspondant LPC et les familles doivent s'exercer
à partir de la vidéo d'apprentissage. Il n'y a pas ici la
dynamique qui permettrait de soutenir ceux qui démarrent l'apprentissage.
On constate aussi, notamment avec les enfants implantés, que
les parents ont tendance à abandonner le LPC quand l'enfant
commence à bien parler.
Les enfants s'y retrouvent-ils avec ces différents modes
de communication ?
Dès le départ, nous structurons les espaces et les échanges.
L'enfant sait avec qui on parle, avec qui on signe. Des enfants
très petits vocalisent en entrant dans le bureau de l'orthophoniste
et se mettent à signer en entrant dans le bureau de l'adulte
sourd. En revanche, à l'école ordinaire , nous disons aux
maîtres : parlez, faites des gestes, mimez, peu importe, l'essentiel
est de faire passer votre message. Le mot de la fin ? Je suis
et ai toujours été passionnée par mon travail et chaque sourd
qui a croisé ma route a forcé mon admiration . Pour chacun
c'est à chaque fois nouveau et merveilleux.
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