Action connaissance formation pour la surdité

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Deux années d’échanges, entre octobre 2005 et décembre 2007, ont permis cet écrit collectif de familles et de jeunes sourds. Formatrice à l’Institut Perspective Soignante de Paris, Nicole Croyère a coordonné ce projet dont le résultat, tel un journal intime, ne peut laisser indifférent le lecteur – touché de près ou de loin – par le vécu émotionnel qu’induit l’annonce puis le vécu d’une surdité chez l’enfant.

Collectif
L’Harmattan, Avril 2008, 207 p., 20€

Ce livre a été publié récemment aux éditions l’Harmattan. Deux années d’échanges, entre octobre 2005 et décembre 2007, ont permis cet écrit collectif de familles et de jeunes sourds. Formatrice à l’Institut Perspective Soignante de Paris, Nicole Croyère a coordonné ce projet dont le résultat, tel un journal intime, ne peut laisser indifférent le lecteur – touché de près ou de loin – par le vécu émotionnel qu’induit l’annonce puis le vécu d’une surdité chez l’enfant.

Je n’avais pas encore lu un tel ouvrage et reste impressionnée par l’intensité, la candeur et la réalité des témoignages qui y sont rapportés. De façon naturelle et précise, quatre familles (parents, fratrie, oncles et tantes, enseignants) confient leurs émotions, leurs quêtes, ou plus simplement leurs vies remplies de larmes et de joies. Ce recueil leur donne la parole, comme il la donne à leurs enfants… dont le destin les condamnait à ne pas la prendre. à l’annonce du diagnostic, toutes les familles posent les mêmes questions : “Va-t-il parler ? Va-t-il aller à l’école ? Va-t-il trouver du travail ? Saurons-nous communiquer avec lui ? Saurons-nous être de bons parents pour lui ?” Tout au cours de notre lecture, nous sommes confrontés à des histoires semblables ou différentes qui se croisent et s’entrecroisent. Les confidences habituellement réservées aux plus proches, assurent un échange dynamique et, sans en avoir la prétention, mènent le lecteur à des questions profondes de l’ordre de l’existentiel.

Ces vingt-six coauteurs rapportent ce qu’une vie liée à la surdité recouvre. Ils nous entraînent, si l’on peut dire, “de l’autre côté du miroir”. Chacun “à sa façon” dit comment il a cherché à n’écarter aucune indication ou perspective, ni aucun risque quant au devenir, et ceci dans tous les domaines (sociaux, éducatifs, rééducatifs, psychologiques, médicaux et administratifs). C’est ainsi que ces quatre jeunes formulent combien (et comment) “c’est fatigant d’être sourd, de ne pas être compris et de ne pas comprendre”, combien (et comment) il est nécessaire de travailler deux fois plus qu’un autre enfant, ou encore combien la place d’une mère ou d’une orthophoniste, ou encore la qualité des rencontres, a eu un impact fondamental sur la connaissance de la langue française orale et écrite. Les apports des aides techniques (LPC et implant) y sont également étayés, tant par le ressenti des jeunes que celui de leurs proches. L’entourage de l’enfant met en mots sa souffrance et la réalité quotidienne, par exemple dans les salles d’attente ou lors des déjeuners en famille… Ces quelques points repris de façon globale ne peuvent illustrer la richesse de ce court ouvrage bien sûr ; et chacun saura l’appréhender selon sa propre sensibilité. Mais pour terminer ce bref commentaire, j’ai envie de reprendre les mots d’Hélène, la maman de Mathilde : “(…) J’ai découvert le miroir brisé… j’ai découvert le poids des interprétations, des analyses sauvages, le poids des regards posés, le poids des mots. Ce que je savais intellectuellement se transformait en émotion…”.

Marie Claudine Cosson
Orthophoniste Chef de service paramédical