Accompagner les jeunes handicapés ou en difficulté

Education spécialisée et intégration par Bertrand Dubreuil
Dunod, 2002, 171 p.

L’auteur, docteur en sociologie est formateur à l’ANCE *. Ecrit avant la parution de la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, l’ouvrage qu’il publie est cependant en phase avec les mutations en cours : passer d’une réponse ségrégative en milieu spécialisé à une réponse en milieu ordinaire avec des soutiens spécifiques. Le rapport contractuel devient un caractère marquant de la nouvelle donne. Les professionnels sont déstabilisés, incertains sur leurs savoirs et leurs compétences. Comment les aider à devenir acteurs au sein d’un système, avec d’autres et avec les parents ? L’auteur ne croit pas aux vertus des systèmes d’expertises externes, venus du secteur marchand. Il croit plus à la mobilisation des acteurs de terrain pour reconnaître leurs savoirs, déceler leurs faiblesses et viser un changement en profondeur. Il propose un référentiel d’observation pluridisciplinaire à élaborer par l’équipe. L’évaluation est au cœur de la démarche. Encore faut-il savoir de quoi on parle : évaluation des objectifs d’action ou évaluation de l’évolution de l’usager ou démarche qualité. Si la démarche qualité peut se résumer par : je dis ce que je fais et je prouve que je fais ce que je dis ; l’évaluation suppose d’apprécier, de donner un sens à ce qui est constaté. La mise en place de l’individualisation de la prise en charge exige une nouvelle manière d’aborder les relations avec les parents (ce thème est largement développé). « Les professionnels doivent passer par la porte des parents pour accéder à l’intervention éducative autour de l’enfant ».

L’auteur invite les professionnels à la vigilance envers tout ce qui peut figer la relation : écrits péremptoires, stéréotypes (culpabilité, déni, refus de faire le deuil, surprotection..), situations inéquitables (parents reçus par un aréopage de professionnels). Au terme de parent partenaire, l’auteur préfère celui de co-éducateur. Les parents confrontés au handicap doivent souvent devenir des « parents spécialisés ». Lorsqu’ils en appellent aux professionnels, c’est pour retrouver leur place de parents ordinaires. N’instrumentalisons pas le parent comme un des paramètres de l’intervention. Il est critique sur la notion de contrat signé par la famille : « par quel échafaudage techniciste en est-on venu à justifier la conclusion d’un contrat sans aucune valeur juridique » « Quel engagement moral les parents ont-ils à prendre à l’égard de l’établissement ? » La place du parent doit pour lui être celle de l’usager, contradicteur et critique. Il est le mieux placé pour évaluer la prestation puisque qu’il en fait usage. On regrettera que l’auteur n’évoque pas les cas -nombreux et qui compliquent le tableau- où les parents sont usagers, mais aussi gestionnaires. Sur l’intégration qui deviendra de plus en plus la norme, il constate qu’il y a peu d’études de terrain. C’est tout un processus d’acculturation qui est à mener ; l’information ne suffit pas et la croyance en la capacité spontanée du milieu ordinaire d’accepter la différence est irréaliste.

*B. Dubreuil est père d’un enfant sourd. Il a publié en 1997 à l’Harmattan, un roman :”La Déchirure”, qui met en scène un couple et son enfant sourd.

Geneviève Durand