Conduite du bilan neuropsychologique chez l'enfant

Michèle Mazeau

Masson, 2003
35 €, 237 pages

Ceux qui ont entendu Michèle Mazeau à Acfos IV ou tout récemment aux journées d’études “Audition et Vision”* savent la rigueur, le perfectionnisme de ses exposés et aussi la passion qui anime ses recherches, démarrées avec des enfants IMC, pour débusquer les multiples “chausse-trappes et impasses, mais dont la solution est essentielle pour l’enfant”.

Dans l’avant-propos, l’auteur parle d’une véritable enquête, à l’instar d’une enquête policière. Non visibles, les troubles neuropsychologiques ne se révèlent que par leurs symptômes : évolution du langage, échec scolaire, conduites étranges… D’où l’impossibilité de faire un bilan neuropsychologique avant l’âge de 3-4 ans. D’où la nécessité d’apprendre à travailler avec “ténacité, expérience et méthode” : repérer les indices utiles, poser les bonnes questions, faire des hypothèses plausibles et les tester, interpréter les réponses et en tirer les conséquences.

L’ouvrage de Michèle Mazeau est un véritable manuel destiné à tous les professionnels confrontés aux anomalies de développement et aux troubles des apprentissages chez l’enfant : orthophonistes, médecins pédopsychiatres et neuro-pédiatres, psychologues, médecins et psychologues scolaires.
Le livre est présenté de telle sorte qu’il peut se lire dans l’ordre et dans le désordre, chaque chapitre se suffisant à lui-même. Les différents paragraphes sont numérotés et chaque chapitre comporte tous les indices qui permettront d’avoir toute l’information utile sur un thème donné, sans difficulté et sans impasse. Chaque chapitre se termine par des présentations d’exemples de pratique clinique qui montrent que le “réductionnisme” n’est pas forcément où d’aucun le pense.

Le premier chapitre réhabilite les tests psychométriques accusés, pas toujours à tort, de favoriser un étiquetage, notamment le fameux QI, peu favorable à l’évolution de l’enfant. Pour l’auteur, l’évaluation psychométrique, bien utilisée, permet de faire un premier inventaire des compétences et incompétences de l’enfant, de fournir des indices sur son fonctionnement mental, de mettre de côté les a priori qui font écran à tout bilan (par exemple la situation familiale), de “débrouiller” la situation. Dans cette optique, les différents tests disponibles sont analysés, item par item.

Les chapitres suivants traitent :
- des compétences linguistiques et du diagnostic de la dysphasie
- des fonctions praxiques et neuro-visuelles
- des fonctions mnésiques n des fonctions attentionnelles et exécutives (rarement explorées).

Le dernier chapitre partant du constat que généralement les signes d’appel qui conduisent à proposer une évaluation sont les symptômes scolaires, montre “comment la démarche proposée jusqu’ici pour chacun des troubles cognitifs spécifiques, s’actualise lors de l’exploration d’une anomalie d’accès à la lecture, d’une incompétence en calcul, voire d’un échec scolaire global inexpliqué.” M. Mazeau conclut : “Ce long processus, qui conduit du symptôme au diagnostic nécessite méthode, rigueur et esprit d’analyse. Il requiert également beaucoup de temps et des cliniciens formés à ces techniques car il n’y a pas de bilan-type”.

Son ouvrage est une contribution précieuse à la formation de ces professionnels.

*Acfos IV : Les troubles neuro-visuels chez l’enfant sourd. Paru dans le Hors-Série n° 1, septembre 2003. Journées d’Etudes : “Perception visuelle et mémoire” (à paraître).

Geneviève Durand