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La tête au carreau
Antoine Tarabbo
Editions du Fox, 180 p., 9€
Le narrateur, victime récente d’une violente crise de vertige, fait son
entrée à l’hôpital pour une semaine d’examens. A sa grande surprise, ce
malentendant dont on apprendra plus loin qu’il est professeur de français
pour les déficients auditifs, est appelé à partager une vaste salle avec
cinq autres malades dont trois laryngectomisés. La salle 14 où se déroule
le récit raconté à la première personne et en “prise directe”, devient
très vite le huis-clos de l’évolution du personnage. Confronté à ces hommes
qui ont perdu leur voix, celui-ci en effet, va opérer un profond retour
sur soi. Dans ce lieu particulier où la communication entre les êtres
emprunte des itinéraires sophistiqués, il sera conduit à s’interroger
sur son identité de demi-sourd. Grâce à cette halte forcée, il pourra
se laisser aller dans les eaux dormantes du souvenir.
Il trouvera même dans ce petit groupe une place originale, sa capacité
à lire sur les lèvres, faisant de lui un interprète apprécié de Garcia,
un des trois devenus muets. L’arrivée d’un vieillard presbyacousique avivera
encore ses réflexions. Plus le temps passera et plus le décor hospitalier
s’estompera, le narrateur plongeant plus profondément en lui-même.
C’est ainsi qu’il évoquera successivement son amour pour Flora sa compagne
entendante, son amitié pour Gilbert en exil au Maroc pour cause de chagrin
d’amour et dont il recevra deux lettres touchantes, enfin son travail
auprès de jeunes sourds. Tout au long de ses confidences et de sa reflexion,
le narrateur livrera sa brûlante passion des mots et des livres. Mûri
par tout ce ressouvenir et ses échanges avec ses camarades, il accédera
à une nouvelle écoute et un nouveau soi.
Son séjour doit se prolonger d’une semaine encore pour des examens complémentaires
par ordre du patron du service mais le récit se clôt sur une autorisation
de sortie pour le week-end. Il marche vers Flora qui l’attend dans sa
voiture, c’est “un frais métis” qui désormais a trouvé sa place dans l’entre-deux.
Ce contemplatif prend alors en lui-même l’engagement de “porter les seaux”
partout où il sera nécessaire d’aider à ce que la communication entre
les individus s’établisse ou s’affermisse.

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