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| Voir la parole d’Annie Dumont et Christian Calbour Voir la parole - Collection Le colloque Acfos 3 fut peut-être pour Annie Dumont l’élément déclencheur qui donna naissance, deux ans plus tard, au livre que nous présentons. Les incompréhensions suscitées par son exposé sur l’intelligibilité de la parole, manifestaient qu’il était nécessaire, à tête reposée, de mettre à plat les données de la recherche et des pratiques sur la parole "dans tous ses états", sur la construction ou reconstruction de la communication orale. Elle a choisi comme complice de plume, Christian Calbour, orthophoniste à Moulins. Travaillant dans une ville moyenne, amené à traiter de multiples pathologies, du berceau à la grande vieillesse, esprit curieux et inventif, C. Calbour pratique au quotidien le transfert de connaissances et a depuis longtemps franchi les limites traditionnelles de l’orthophonie pour aller voir ce qui se passe chez les médecins de rééducation fonctionnelle, les ergothérapeutes, les fabricants d’aides techniques. C’est toute cette richesse pluridisciplinaire, issue de l’expérience de deux praticiens au fait des données théoriques, qui irrigue l’ouvrage et en fait l’originalité. A la lumière de données scientifiques complexes (Théorie Motrice de la Perception de la Parole), qui mettent en évidence l’intégration de la vue et de l’ouïe dans un même acte perceptif, nos auteurs revisitent avec audace toutes les données de l’orthophonie, les méthodologies et les outils. "L’hégémonie de l’auditif comme récepteur unique de la parole est maintenant contestée par le visuel qui le précède et qui lui apporte de l’information linguistique et stylistique". A partir de ces avancées conceptuelles, les auteurs élaborent un programme de construction précoce du langage oral chez l’enfant sourd."En montrant que la parole ne se réduit pas à ses outils linguistiques, mais qu’elle est multiple, que la vision a un rôle important à jouer dans "l’oralisme", au-delà de la lecture labiale, nous souhaitons créer un nouvel état d’esprit et de nouveaux comportements dans la construction d’une parole fonctionnelle pour les sourds profonds. (…) Ainsi la vision de la parole n’est plus un pis-aller fournissant des informations que l’audition ne peut apporter à une personne sourde, mais le poisson-pilote de la construction de la conscience phonologique et du langage". Les auteurs ne cachent pas que la tâche est rude : "Construire un mode de communication "oral", chez l’enfant sourd est un chantier sans fin, sans certitudes, peu gratifiant, ingrat pour l’orthophoniste qui agit sans moyens et réagit souvent seul face à une montagne de préjugés". Pour eux, le handicap réel du devenu-sourd n’est pas réductible aux seules difficultés de réception de la parole et d’acquisition de la lecture labiale. Il marque surtout l’entrée brusque d’un entendant dans un monde de silence, ce qui le coupe des paysages sonores et de la communication. Ainsi développent-ils une méthodologie nouvelle pour construire chez le devenu-sourd une perception audiovisuelle de la parole à partir de ses centres d’intérêt. Celle-ci "n’est pas une bible mais un état d’esprit, une réflexion sur la condition humaine du devenu-sourd et sur les moyens de lui faire retrouver son art de comprendre et de vivre en société". Plusieurs chapitres sont consacrés à d’autres pathologies langagières non liées à un déficit auditif et notamment à la cécité. Livre d’une grande ambition, foisonnant de données, d’exemples, de témoignages, de présentations d’outils, de conseils pratiques, de suggestions à la créativité, écrit dans une langue accessible, il devrait rencontrer un large public. Geneviève Durand |